par Sébastien Lamy
publié le

Avenue du loupé

Ce vendredi 17 mai a eu lieu l’inauguration des nouvelles plaques posées sur l’ancienne avenue du Loup, et que notre association a choisi de rebaptiser “avenue du loupé”. Ce fut l’occasion d’un discours grandiloquent tenu par des militants déguisés en représentants de l’autorité publique.

L’évènement a été couvert par la presse locale

Mais pourquoi donc ce renommage ?

Le 2 avril 2025, la presse nous apprend que la municipalité envisage la réfection de l’avenue du Loup, sans y prévoir d’itinéraire cyclable. Le projet est également décrit sur le site de la ville . Ce projet est un projet loupé pour le vélo ! Il ne respecte pas la loi, notamment l’article L 228-2 du code de l’environnement qui oblige à réaliser un aménagement cyclable lors de chaque rénovation de voirie. La mairie avance plusieurs arguments pour s’affranchir de ses obligations légales :

  • Cet axe est très utilisé par les voitures (7000 véhicules/jour)
  • Il sera en zone 30
  • Un axe cyclable parallèle et proche a été créé auparavant (une voie verte qui part de la place Peyroulet).

Ces arguments sont très inquiétants. Ils interrogent sur la volonté de développer les déplacements à vélo, et d’atteindre les objectifs que la ville a elle-même fixé dans son PDU (faire passer la part des déplacements à vélo de 2% à 10% de 2020 à 2030).

Si on reprend les arguments un par un :

  • Un axe très utilisé par les voitures décourage la pratique du vélo s’il n’y a pas d’aménagement spécifique. Pour encourager la pratique du vélo, il faut soit faire baisser sa fréquentation motorisée (décourager le transit par cet axe par des sens interdits par exemple), soit proposer un espace sécurisé et séparé de la circulation au vélo.
  • La zone 30 n’est pas un aménagement suffisant pour encourager la pratique du vélo. La limitation de vitesse est souvent peu respectée, et il suffit de quelques individus qui abusent pour provoquer un sentiment d’insécurité important. Et quand bien même la limitation serait respectée, elle reste insuffisante pour encourager la pratique du vélo. Le CEREMA fournit un tableau de recommandation d’aménagement cyclable en fonction du nombre de véhicule et de la vitesse autorisée sur une voirie . Ce tableau est contesté par les associations cyclistes car il semble trop laxiste pour la cohabitation vélo/voiture sur un même espace. Et pourtant même ce tableau affirme que pour 7000 véhicules par jour, la zone 30 ne peut pas être satisfaisante pour une cohabitation.

Il faut un espace séparé. Un vélo au milieu d’un flux important de véhicule est malmené. Sur le plan légal, la loi ne liste pas la zone 30 comme aménagement cyclable possible pour répondre à l’obligation.

  • Un axe cyclable proche et parallèle existe, mais pourquoi serait-ce au vélo de faire le détour ? Il existe aussi des axes automobiles proches et parallèles. Si on veut favoriser la pratique du vélo, il n’est pas interdit de penser à une mise en sens unique de l’avenue du Loup, ou à une remise en question du stationnement qui est conservé dans le projet. Sur le plan légal, la jurisprudence acte aussi que la présence à proximité d’un autre aménagement cyclable n’est pas suffisante pour déroger à l’obligation. (TA Marseille, 25 avr. 2017, n° 1403742)1

Pour notre association, l’avenue du loup n’a pas vocation à rester un boulevard urbain de transit, et doit devenir un axe de desserte de proximité. Il n’est emprunté par aucune ligne de bus, et il faudrait proposer aux vélos un itinéraire qui évite la chicane autour de l’Agora. On peut donc le metttre en sens unique pour les véhicules motorisés, voir en sens unique “tête bêche”, pour décourager toute forme de transit qui ne soit pas de la désserte de proximité. L’élargissement des trottoirs prévue dans le projet est une bonne initiative, que nous souhaitons conserver.

Sur cette vue, on peut envisager du stationnement entre les arbres, sur la largeur qui leur est dédiée, comme prévu dans le projet présenté par la ville.

Le budget conséquent (1 million d’euro pour 460 mètres de long) laisse clairement entendre qu’il sera difficile de remodifier cette rue pour plusieurs décénnies ensuite. Quel gâchis, quel loupé!

Notre association a déposé un recours gracieux contre ce projet, que nous avons envoyé le 13 mai 2025.

Recours gracieux contre projet avenue du Loup

voir le dossier

  1. extrait de la délibération : 6. … qu’enfin la circonstance invoquée par la MAMP, qu’un itinéraire cyclable alternatif a été mis en place sur un autre axe, distant d’environ 120 mètres de l’avenue Desautel, dans le cadre du Plan de déplacements urbains 2013-2023, est sans incidence sur l’obligation qui incombe à la collectivité de mettre en place des itinéraires cyclables à l’occasion des travaux de rénovation des voies urbaines ; ↩︎