par Sébastien Lamy
publié le

Municipales 2026

Sommaire

Les élections municipales, c’est un moment important pour la qualité de vie à venir dans nos villes. Et la vision des mobilités est un élément essentiel dans l’équation ! Les habitants de l’agglomération paloise veulent se déplacer autrement, rester en bonne santé sur une planète vivable, faire des économies et respirer un air pur. Y a-t-il des candidats qui sauront jouer la carte des mobilités actives ? Notre association vous aide à étudier leurs ambitions

La charte et le Grand Oral des mobilités 🔗︎

Pour partager notre vision des mobilité au public et aux candidats, nous avions publié deux documents en amont du grand oral:

  • Une charte simple, qui s’inscrit dans la démarche de notre fédération nationale (la FUB). Les candidats présents au grand oral, ainsi que M. Blanco, ont signé cette charte pour montrer leur engagement.
  • Une charte détaillée, qui décline la charte simple en de nombreux points concrets et incarnés dans notre territoire. Avec des images et des plans, c’est le document qui exprime le mieux notre vision. Sur ce document, les candidats ont pu se positionner point par point grâce à un questionnaire dont vous pouvez consulter les résultats .

Charte simple

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Charte détaillée

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Pour mieux cerner les visions des différents candidats à la municipalité de Pau, nous les avons invité au Grand Oral des mobilités qui a eu lieu le 26 février au complexe de la République. Cet article est le fruit de notre analyse des réponses à nos questionnaires et des interventions lors du Grand Oral. Les candidats sont passés en revue dans leur ordre de réponse à notre questionnaire.

Boniface (Pau c’est vous!) 🔗︎

Candidat avec 100% d’engagement à la charte détaillé de la FUB et de Pau à Vélo. Pour être transparent, M. Boniface est adhérent de l’association Pau à Vélo mais n’est pas un membre actif.

La concertation avec les associations comme méthode 🔗︎

La liste Pau c’est vous souhaite accorder une place permanente aux associations (dont Pau à Vélo) au sein des commissions municipales pour travailler ensemble sur le plan vélo, ce qui va plus loin que les réunions trimestrielles actuelles. Le candidat s’engage à mettre en place les instances de démocratie participative et à boucler le plan d’investissement vélo pour les 6 ans à venir dès les 6 premiers mois de son mandat.

Infrastructure et apaisement du trafic comme levier 🔗︎

La priorité de M. Boniface pour les 100 premiers jours sera de restaurer l’existant par le balayage des graviers et la remise en peinture des sas vélos et bandes cyclables.

Il promet ensuite la création de 12 km de Réseau Express Vélo sur le mandat (dont le tracé est à définir), l’installation d’environ 200 arceaux et d’abris vélos sécurisés, la sécurisation des abords des écoles, l’extension massive des zones 30, tout en soulignant le fait qu’un simple panneau ne suffit pas, il faut y ajouter de vrais aménagements physiques (comme des écluses routières) pour forcer le ralentissement.

La liste Pau c’est vous considère le réaménagement du Boulevard Alsace Lorraine, particulièrement dangereux à cause du stationnement en épi, comme une grande priorité, sans entrer dans le détail de la proposition.

Pour diminuer le trafic de transit dans les quartiers et réduire la part de la voiture (utilisée par 73 % des actifs), il insiste sur l’importance du report modal. Il souhaite relancer l’utilisation des parcs relais (actuellement vides) pour inciter les automobilistes à laisser leur voiture à l’entrée de la ville et à prendre les transports en commun.

L’objectif à long terme est de se donner les moyens d’avoir un véritable centre-ville piéton. Il mise également sur l’éducation à l’environnement et la sensibilisation dès le plus jeune âge.

Le programme dispose d’un financement chiffré. 🔗︎

M. Boniface évalue son plan vélo global entre 13 et 16 millions d’euros sur les 6 ans du mandat. Cela représente entre 27 € et 33 €/an/habitant et correspond à la cible de 30 €/an/habitant de la FUB pour développer cette mobilité. Il affirme que la ville a les moyens de financer ce projet grâce à l’augmentation des recettes de la taxe foncière, soulignant qu’il s’agit avant tout d’une question de “volonté politique” sans avoir besoin d’attendre l’aide de l’État. Enfin, face à la baisse historique des dotations, il s’engage à augmenter les subventions aux associations d’au moins 3 % par an et à mettre à leur disposition des locaux vacants, citant notamment le retour espéré de l’atelier vélo solidaire et participatif à Pau

Jérôme Marbot (Nouvelle Ère) 🔗︎

M. Marbot s’engage sur l’essentiel de la charte, avec 88% d’engagement à la charte. Le candidat exprime un refus net sur un seul point : Le pédibus/vélobus (5c). Il rejette la mise en place de convois encadrés pour emmener les enfants à l’école, privilégiant une approche centrée sur l’autonomie par l’infrastructure plutôt que par l’encadrement humain

Le candidat apporte des nuances significatives, souvent liées à la faisabilité :

  • L’accompagnement scolaire : Le financement du “Savoir rouler” (5a) et l’aide à l’équipement des écoles (5b) sont jugés secondaires par rapport à la sécurisation des parcours.
  • La gestion technique : Réserves sur les déviations systématiques lors de travaux (1i) et sur l’installation de compteurs de passage (8g).
  • Gouvernance : Préfère un conseiller délégué plutôt qu’un adjoint de plein exercice au cabinet (8a).

Nous avons interrogés cette liste sur les moyens pour atteindre l’objectif d’atteindre 50 % de collégiens à vélo suite à ces réserves. Ils estiment qu’il ne faut pas « mettre la charrue avant les bœufs ». Avant d’inciter massivement les enfants à pédaler, il est impératif de créer d’abord des cheminements doux et sécurisés entre le domicile et l’école, à l’écart du trafic automobile. Ils entendent également s’appuyer sur les activités périscolaires pour sensibiliser les enfants aux transports doux et au vivre-ensemble.

Infrastructures et sécurité 🔗︎

L’équipe conteste la réalité des 145 km d’aménagements cyclables annoncés par la mairie actuelle, jugeant que les bandes partagées avec les piétons sont dangereuses et anxiogènes pour tout le monde. Leur priorité absolue est de sécuriser et de séparer les espaces vélos des espaces piétons. Ils proposent de généraliser les pistes sécurisées en jouant sur le plan de circulation et les rues parallèles (instauration de sens uniques pour les voitures sur certains grands axes comme les avenues parallèles du nord de Pau afin de libérer de la place pour aménager). Afin d’améliorer la visibilité, ils souhaitent dédier une couleur spécifique aux voies cyclables et aux sas vélos aux feux tricolores. Concernant les ronds-points, ils soutiennent la généralisation des aménagements “à la hollandaise” pour protéger les cyclistes, assumant totalement le fait que cela réduise la place de la voiture et puisse rallonger le temps de trajet des automobilistes Enfin, pour faire respecter les zones à 30 km/h, ils insistent sur le fait que la peinture et les panneaux sont insuffisants : il faut réaliser des aménagements physiques au sol et repenser globalement la circulation à l’échelle des quartiers.

Vision globale et méthode 🔗︎

Jérôme Marbot défend le projet d’une ville inclusive et protectrice, visant une véritable révolution des mobilités d’ici la fin du mandat. Il propose d’atteindre la gratuité des transports en commun afin d’encourager le report modal depuis la voiture, libérant ainsi de l’espace pour les piétons et les cyclistes. Sur la question de la piétonnisation, Nouvelle Ere refuse une approche binaire et prônent plutôt une hiérarchisation des espaces au centre-ville : certaines zones partagées (piétons/vélos avec un accès restreint aux voitures), et des zones de circulation classique. Sur le plan de la méthode, leur première mesure immédiate serait de rétablir une réunion mensuelle avec l’association Pau à Vélo en présence d’un élu dédié.

Philippe Arraou (Arraou avec vous) 🔗︎

Philippe Arraou s’engage sur une partie de la charte, avec 79% d’engagement à la charte, principalement sur les thématiques de gouvernance et d’éducation mais est plus réservé sur la transformation physique de la ville. Ce candidat cherche l’équilibre entre ambition cyclable et paix sociale.

Deux caractéristiques ressortent :

Le culte de l’audit 🔗︎

Plusieurs commentaires dans le questionnaire soulignent le besoin d’analyser, de mesurer et de discuter avant de trancher. C’est une garantie de sérieux, mais cela peut aussi être perçu comme un risque de ralentissement (l’action publique se perdant dans des études sans fin).

Dans les politiques cyclables modernes , on observe deux trajectoires : A. L’étude “Validation” (Le modèle efficace) La ville décide d’un objectif (ex: “Sécuriser le Boulevard Alsace-Lorraine”). L’étude ne sert pas à savoir si on doit le faire, mais comment le faire techniquement. Résultat : Le projet avance car la volonté politique est fixée. On utilise l’étude pour rassurer sur les flux de circulation reportés. B. L’étude “Arbitrage” (Le risque du candidat) La ville lance une étude pour voir si le projet est “acceptable”. Si les commerçants ou une minorité de riverains bruyants s’opposent à la suppression du stationnement, l’étude conclut souvent que “les conditions ne sont pas réunies”. Résultat : Le statu quo l’emporte. C’est ce qu’on appelle la “paralysie par l’analyse”. Le candidat, en insistant sur le fait d’éviter de “lever les populations les unes contre les autres”, semble pencher vers ce modèle.

La peur du conflit 🔗︎

Le candidat craint la “tension”. Il voit l’aménagement urbain comme un jeu à somme nulle où chaque gain pour le vélo pourrait être une perte pour l’automobiliste riverain. Sa stratégie repose donc sur la “mesure palliative” (trouver des parkings ailleurs avant de supprimer des places). Dans les faits, c’est le point de blocage le plus courant. Pour créer une piste cyclable aux normes et des trottoirs larges, il faut physiquement réduire la place dédiée à la voiture, donc souvent supprimer du stationnement. S’il n’y a pas de parking souterrain ou de friche à proximité immédiate pour compenser, le projet s’arrête si l’on exige une compensation à 1 pour 1. Les villes qui réussissent (comme Strasbourg ou Nantes) partent du principe que la suppression de places de stationnement sur le boulevard est compensée par une meilleure rotation des places restantes (passage en zone horodatrice) ou par un report vers les parkings en ouvrage, sans forcément créer de nouvelles places.

Lors du Grand Oral, Philippe Arraou met un point d’honneur à remettre la question de la voiture et du stationnement au centre du débat. Il rappelle qu’avant de piétonniser le centre-ville, il faut définir des axes de circulation clairs (notamment la traversée est-ouest) et écouter les commerçants, pour qui l’accès automobile et le stationnement des clients sont vitaux. Pourtant, les travaux démontrant l’inverse s’accumulent. https://bonpote.com/no-parking-no-business-cest-faux/

Enfin, face aux stationnements sauvages sur les trottoirs et bandes cyclables, il estime que l’arsenal répressif actuel est suffisant mais mal appliqué. Sa solution principale est d’utiliser le réseau de caméras de vidéosurveillance de la ville non seulement pour la délinquance, mais aussi pour identifier et verbaliser ces incivilités du quotidien

Que retenir de cette stratégie ? Ce candidat propose un modèle de transition négociée. Philippe Arraou précise lors de l’oral qu’il est pleinement d’accord sur les “objectifs” à atteindre, mais que la méthode pour y parvenir sera soumise à la concertation citoyenne. S’il arrive à convaincre, les aménagements seront mieux acceptés et plus pérennes car ils auront fait l’objet d’un consensus. L’inconvénient, c’est la méthode la plus lente. Entre l’audit, l’étude d’impact, la concertation et les mesures palliatives, il peut s’écouler plusieurs années avant le premier coup de pioche. Cette méthode risque de déraper vers un immobilisme délétère pour les mobilités actives

Margaux Taillefer (l’Espérance pour Pau) 🔗︎

La liste de Margaux Taillefer est la liste qui s’engage le moins sur la charte proposée avec seulement 58% d’engagement. Les réponses révèlent une candidate favorable aux infrastructures techniques (pistes cyclables, signalisation, stationnement) et à la concertation associative, mais réticente face aux mesures de contrainte du trafic motorisé et aux aides financières directes aux particuliers.

Infrastructures et sécurité 🔗︎

La candidate veut prolonger les pistes existantes, notamment en créant des “pistes à double voie manquantes” dans le centre-ville. Elle souhaite aussi implanter davantage d’arceaux pour les vélos dans les zones commerçantes et installer des abris vélos sécurisés fermés dans les quartiers résidentiels.

Contrairement aux propositions de l’association, La candidate refuse de supprimer le trafic de transit (les “raccourcis”) dans les quartiers résidentiels et s’oppose fermement à la réduction de la place de la voiture en centre-ville, arguant que cela nuirait à l’attractivité des commerces. Pour inciter les Palois à revenir en centre-ville, elle propose même la gratuité d’un parking souterrain le premier samedi du mois. Pourtant, les travaux dénonçant le mirage du “No Parking No business” s’accumulent : https://bonpote.com/no-parking-no-business-cest-faux/

La “Rue Scolaire” est un outil majeur pour changer les habitudes des parents et sécuriser les enfants. L’espérance pour Pau refuse catégoriquement de supprimer la circulation devant les écoles, estimant qu’il faut “tenir compte de la réalité des parents pressés” qui ont besoin de s’y garer. Malgré le financement du programme “Savoir Rouler”, les enfants apprendront à faire du vélo… mais n’auront pas d’itinéraire sécurisé pour se rendre à l’école de manière autonome. C’est une rupture de la chaîne de sécurité.

Concernant la piétonnisation, elle souhaite conserver la zone actuelle telle quelle, tout en étudiant l’aménagement de certaines places (comme la place Saint-Louis de Gonzague) pour redynamiser des quartiers

A noter également lors du Grand Oral, la proposition de gratuité du service de location IDEcycle pour les étudiants et les demandeurs d’emploi ainsi que le déploiement de la vidéoprotection pour lutter contre les incivilités ou les vols de vélos

Jean-François Blanco (Pau Insoumise, Écologiste et Citoyenne) 🔗︎

Candidat volontariste avec 100% d’engagement à la charte détaillé de la FUB et de Pau à Vélo. Malheureusement, nous n’avons pas pu vérifier la sincérité ni la solidité de ces engagements lors du Grand Oral des mobilités suite au désistement du candidat. Nous n’avons pas trouvé de mention des mobilités actives dans le programme. Chacun se fera son avis entre posture électorale et ambition

François Bayrou (Nous aimons Pau) 🔗︎

François Bayrou s’engage à hauteur de 88% sur la charte portée par la FUB et Pau à Vélo. Sa réponse est celle d’un sortant avec un bilan. Elle est fournie en chiffres et en bilans, justifiant ses engagements futurs par ses actions passées. C’est une réponse fournie et sérieuse, François Bayrou refuse de s’engager sur des points qu’il juge techniquement impossibles ou politiquement déjà “traités”.

Le seul refus catégorique concernent la mise en conformité de la Passerelle de Franqueville pour les personnes à mobilité réduite. Ce refus est justifié par des “études techniques” récentes, dont l’association n’a pas connaissance.

Infrastructures et sécurité 🔗︎

Son projet phare est la création d’itinéraires vélos sécurisés menant au centre-ville, où seuls les riverains en automobile seraient tolérés et à une vitesse extrêmement lente, sur la base des balisages déjà fléché et en grande partie des aménagements cyclables existant

Concernant les rue Scolaire, bien qu’une expérimentation ait eu lieu avec des retours positifs, l’équipe “Nous aimons Pau” écarte l’idée d’une généralisation immédiate. L’équipe privilégie une extension “modérée et cadrée”, arguant que ces aménagements exigent une lourde concertation avec les riverains et un changement d’habitudes complexe pour les parents.

François Bayrou se dit favorable à la généralisation d’aménagements pour sécuriser les ronds-points, comme expérimenté récemment, à condition qu’ils soient acceptés par tous et n’entraînent pas d’autres dangers. La liste s’appuiera sur le référentiel d’aménagement cyclable en cours de rédaction par les services et les associations.

A noter l’engagement fort sur le Boulevard Alsace-Lorraine : “Nous aimons Pau” accepte explicitement la “réduction forte de la place du stationnement” sur cet axe pour favoriser les mobilités actives.

Apaisement et place des piétons 🔗︎

François Bayrou souligne l’importance de ne pas oublier les piétons dans le partage de l’espace public et prône une ville apaisée, passant par la multiplication des zones à 30 km/h. Il annonce vouloir piétonniser le boulevard des Pyrénées, en commençant par une expérimentation le dimanche. L’extension de la zone se fera de “façon mesurée, en tenant compte des usages, de l’accessibilité et de l’équilibre commercial”, sans plus de précision sur les lieux envisagés

Extension des aides financières et lutte contre les violences motorisées 🔗︎

François Bayrou souhaite maintenir l’aide financière pour l’achat de vélos électriques et l’étendre spécifiquement aux vélos cargos, qu’il considère comme l’avenir pour les familles et les livraisons. Il refuse cependant d’étendre cette aide financière aux vélos classiques (musculaires), estimant que l’on peut facilement s’équiper via le marché de l’occasion ou du recyclage.

Face aux voitures garées sur les pistes cyclables ou trottoirs, le maire promet d’être “drastiquement sévère” (ex: distribution de papillons d’avertissement et verbalisation), en s’appuyant sur des campagnes d’affichage semestrielles pour changer la culture urbaine

“Nous aimons Pau” s’inscrit donc dans la continuité de son action depuis 2 mandats sans promettre de révolution mais dans une démarche affichée d’amélioration continue.

Cyrille Marconi (Lutte ouvrière, le camp des travailleurs) 🔗︎

Cyrille Marconi n’a pas répondu à notre questionnaire et n’est pas venu au Grand Oral des mobilités. Il nous a envoyé une lettre qui détaille sont point de vue. Vous pouvez consulter la lettre qu’il nous a transmise .

Note : Pour imprimer la charte détaillée, vous pouvez télécharger la version pour impression (meilleure qualité des images)